Le lithium

» Avec le départ des estivants et la baisse des températures, la pureté du paysage ne fit que s’accroître. Les dunes se teintèrent d’un gris assorti au ciel. Les jours raccourcirent notablement. C’était l’environnement idéal pour la dépression. Il faisait nuit quand Leonard se levait le matin et quand il rentrait du labo.
Il avait tellement grossi du cou qu’il ne pouvait plus fermer le col de ses chemises. La preuve que le lithium stabilisait l’humeur était confirmée chaque fois qu’il se voyait nu dans la glace et ne se suicidait pas. Ce n’était pas l’envie qui lui en manquait, et il estimait avoir de bonnes raisons, mais il n’arrivait pas à se détester suffisamment « . P 356.
Deuxième hospitalisation

» La surveillance était primordiale dans ce service : Leonard était conscient d’être observé en permanence. Bizarrement, c’était rassurant. Les infirmières n’étaient pas surprises de son état. Elles ne considéraient pas qu’il était en faute. Elles le soignaient comme s’il avait été victime d’une chute ou d’un accident de voiture « . P 363
» Voilà ce qui m’arrive, Maman «

Les parents de Leonard sont tout sauf aidants. Le père vit en Europe et n’envisage pas de venir voir son fils aux USA. La mère se retranche derrière de fausses excuses.
» Qu’est-ce que je vais faire de toi, Leonard ? Hein ? Dis-moi.
…..Qu’est-ce qui t’arrive, Leonard ?
La colère le submergea. Un instant, il eut l’impression de revivre son enfance.
– Attends que je réfléchisse. Pour commencer mes parents sont alcooliques. Ma mère est sans doute maniaco-dépressive elle-même, sauf qu’elle n’a pas été diagnostiquée. C’est d’elle que j’ai hérité de ma maladie. Elle se manifeste pour nous deux de la même façon. Nous n’avons pas de cycles courts. Nous ne passons pas du sommet au creux de la vague en quelques heures. Nous traversons de longues périodes maniques ou dépressives. Mon cerveau manque chimiquement des neurotransmetteurs dont il a besoin pour réguler mon humeur et parfois il en est saturé.
Je suis déglingué biologiquement à cause de ma génétique et psychologiquement à cause de mes parents, voilà ce qui m’arrive, maman. » P 369.
Le quotidien du couple

» ( Madeleine ) avait emmené Leonard à New-York pour éviter de le laisser à la maison sans surveillance. …En général, Madeleine s’inquiétait moins lorsqu’elle pouvait l’avoir à l’oeil. Elle était l’obstacle qui se dressait entre Leonard et la mort, telle était son impression. Connaissant à présent les signes avant-coureurs, elle les guettait en permanence.
Pire, elle guettait chez Leonard tout changement d’humeur susceptible d’annoncer un de ces signes. Elle guettait les signes avant-avant-coureurs. Et elle s’y perdait. Par exemple, elle ignorait si le fait que Leonard se lève tôt constituait une nouvelle modification du rythme de son sommeil, une séquelle d’une ancienne modification du rythme de son sommeil ou une amélioration.
Elle ignorait si son perfectionnisme annulait son manque d’ambition, ou s’il s’agissait des deux faces d’une même pièce.
Quand on est l’obstacle entre celui qu’on aime et la mort, on n’est jamais tranquille, ni la journée ni la nuit « . P 526.


