Après le décès d’un fils :  » À bicyclette « .

Quelques années après le décès de son fils Youri, survenu à Istanbul où il s’était établi, le père metteur en scène et acteur Mathieu Mlekuz, quitte la Rochelle à vélo, avec son meilleur ami, pour vivre au plus près son dernier périple.

Film rare où l’on entend deux hommes s’exprimer sans fard

Des dialogues entre deux hommes qui parlent de leurs trouilles – du risque de leur futur AVC ( sic ) à l’endroit totalement désert où ils ont atterri – de leurs souvenirs, des questions qu’ils se posent à eux-même, la nuit avant que le sommeil ne les emporte.

Des dialogues que l’on aimerait entendre plus souvent dans la bouche des hommes qui nous entourent.

 » On a fait un film pour nous  » M.Mlekuz

 » Après un deuil, on cherche à s’occuper, on cherche à être au plus près du défunt, au plus près de mon fils, c’était refaire le voyage, au plus près de lui, c’était aussi faire du clown,au plus près c’était vraiment d’être avec aussi Philippe qu’il avait connu » .

Zéro scénario

Y compris les numéros de clown, qui ne sont pas ceux que Youri aurait pu enseigner à son père, mais ceux qu’ils ont improvisés.

C’est très probablement cette sincérité de bout en bout qui en fait un film que l’on garde en réserve dans sa mémoire, pour sa délicatesse mais aussi au cas où, pour soi, comme pour les amis.

Marziyeh

Je livre ici des extraits de l’interview de Mathieu Mlekluz et Philippe Rebbot, trouvés sur l’excellent site de critiques cinématographiques : abusdecine.com/entretien/a-bicyclette/

 » On avait un but, on allait à Istanbul. Donc ça s’est fait au petit bonheur la chance, comme on dit, avec une forme de ligne rouge qui était l’itinéraire. Et puis, l’arrivée sur Istanbul, c’était d’aller voir Marziyeh. Ce qui était quand même notre but.

Alors Marziyeh, c’est une comédienne aussi. C’est une comédienne que Youri a rencontrée. C’était dans un festival, c’est une Iranienne, elle vivait à Téhéran. Et Youri l’a rencontrée à Istanbul, un soir. Et le lendemain, elle repartait en Iran. Du coup, il a continué son chemin jusqu’à Téhéran à vélo, pour la revoir. Et c’est la dernière femme à qui il a dit « je t’aime », je l’ai vu sur son téléphone, sur un SMS. Du coup, elle était détruite par l’annonce de la mort de Youri. Et quand je lui ai proposé de jouer ça, tout de suite, elle a dit oui. C’était une évidence pour elle de venir. Et la rencontre, elle est filmée. Moi, c’est la première fois que je la vois. En fait, on est en direct. Les gars sont allés la chercher à l’aéroport. On l’amène en bas. Quand elle est en bas, on l’équipe en son. Et puis, on était au téléphone, j’ai dit « vous la faites monter dans 10 minutes ».

Et on a vécu un truc hallucinant. J’ai dit au gars, c’est bon, on tourne. Pendant 10 minutes, on a rangé l’appartement, comme la scène. Et puis, elle est montée, elle a frappé à la porte. C’est une émotion intense. On savait qu’elle allait rentrer dans la pièce… Pendant 20 minutes, on a pleuré. À un moment, j’ai dit coupez. Et là, toute l’équipe était en pleurs. Et l’ingé-son, il pleurait plus que les autres. Donc, tout le monde, se tourne vers lui… L’ingé-son sort, on va tous voir l’ingé-son. Il n’avait pas appuyé sur REC. Trop d’émotion, il n’a pas vu… Il a cru le faire, je pense « .

Un film dont la sincérité dans le tournage contribue à la douceur, malgré le thème.

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